La crise financière, la crise agricole et la « danseuse » du Président

Champs de cannes au-dessus de St Pierre: Dans une situation sociale déjà délicate pour les agriculteurs, le projet de NRL n'apporte aucune solution et vampirise les investissments d'envergure nécessaires en réponse à la crise sociale.

Les Réunionnais, pour une grande part, sont défavorables au projet de route en mer présenté par le Président de la Région. Mais cette opposition, parce qu’elle n’est formulée que de façon occasionnelle et “ perlée ” – au gré d’articles de presse et de déclarations isolées – est peu visible. Partant, l’équipe régionale au pouvoir peut, sans trop se forcer, entretenir l’illusion qu’elle va aller au bout de son projet en continuant à faire un pas, puis un autre, comme avance un somnambule.

Ces derniers jours, la presse a publié plusieurs courriers de lecteurs ou tribunes qui disent clairement la désapprobation des Réunionnais. Une association (AKKO) a demandé un “ référendum ” sur le projet de route littorale – ce qui indique assez clairement un déficit de concertation. Un récent courrier suggère de “ tempérer ”, par le creusement d’un tunnel, la folie d’un chantier qui va exiger des millions de tonnages d’enrochement.
Ici ou là, des candidats aux municipales ne se privent pas de mettre la critique du projet régional à leur programme électoral. En effet, contrairement à la Région et à l’Etat qui n’ont pensé consulter que les communes de Saint-Denis et La Possession, bon nombre de Réunionnais prennent conscience que cette route va avoir des répercussions financières négatives pour l’ensemble de l’île et qu’en conséquence, elle est un sujet de discussion à tous les échelons de notre démocratie.

On peut raisonnablement penser qu’avec l’aggravation de la crise économique à La Réunion, le caractère excessivement dispendieux et disproportionné de la dépense publique mise dans cette route apparaitra de plus en plus évident à une majorité de nos concitoyens.
En effet, depuis déjà plusieurs années, l’économie de La Réunion est marquée par le marasme du Bâtiment auquel fait défaut un véritable plan de relance. Les promoteurs de la route en mer ont fait miroiter la reprise par ce chantier monumental, qui ne créera en réalité qu’un nombre limité d’emplois, assez spécialisés. En revanche, cela fait des décennies que les Réunionnais attendent un véritable Plan logement à la hauteur des besoins : elle serait là, la reprise du Bâtiment ; mais apparemment, nos “ décideurs ” ne veulent pas la voir.

Le monde agricole connaît lui aussi de grandes difficultés tandis que s’approche la menace d’un effondrement du secteur sucrier – en 2017 – et ses conséquences sur une situation sociale déjà décrite comme “ hors-normes ” : devant l’ensemble des facteurs de crise (il y en a d’autres : faillites, endettement…), des voix s’élèvent pour demander au gouvernement de prendre la mesure de la situation des outre-mer. C’est ainsi qu’a été décidée la journée des outre-mer, au Sénat le 26 février. On peut espérer qu’elle sera un moment privilégié pour exposer l’ensemble de ces menaces et proposer des solutions.

Mais avant même de concerter des solutions, la première chose à faire – et pas la moindre –est d’éviter d’accumuler les catastrophes.
En décidant de faire une Route des Requins et de supprimer le projet de train, l’actuelle direction de la Région accentue le déséquilibre énergétique : notre consommation d’énergie augmente plus vite que la population et elle est constituée, à plus de 60%, par la consommation de carburants dopée par le trafic routier.

Alors que la France a déjà une dette publique d’environ 2 milliards d’€, comment le gouvernement et la Région peuvent-ils continuer à soutenir un projet aussi dispendieux que notre route littorale en mer ?

Nos dirigeants ont-ils réellement mesuré ce que sera la situation sociale et, accessoirement, celle des finances publiques de notre île quand les milliers de planteurs (5.000 ? plus ?) qui vivent encore de la canne à sucre, ayant reçu de plein fouet la fin des quotas et du prix garanti, devront chercher une voie de survie dans une agriculture dégradée ?
Le coup de grâce annoncé à l’agro-industrie sucrière prépare une crise sans précédent dans le monde agricole. Certes, les Réunionnais savent, depuis la Compagnie des Indes, ce que c’est qu’être mis devant le fait accompli ; ils savent ce que représente la mort d’une culture décidée à des milliers de kilomètres d’ici.
Dans des temps pas trop éloignés, les planteurs de géranium, de vétiver et autres plantes à parfums ont vécu des drames qui sont encore dans les mémoires. Mais lors des précédentes crises – abandon progressif de la culture du café, du coton, du cacao, du riz, des épices… – les cultivateurs ont pu trouver une issue de secours dans la canne à sucre. Cette fois-ci, vers quelle culture vont-ils se tourner ? Et qui peut dire aujourd’hui ce que seront les effets de ce séisme annoncé, sur le reste de la société ?
Comment peut-il encore se trouver des gens pour répéter que les opposants à ce projet dément n’obéiraient qu’à des motivations politiciennes ? Qu’ils ouvrent un peu leurs yeux et leurs oreilles ! Qu’ils écoutent les craintes formulées partout dans le pays, au lieu de répéter comme des perroquets ce qu’on leur dit dans les hautes sphères (en se gardant bien de le démontrer) ! Quelle démonstration font-ils eux mêmes, à part celle de leur aveuglement ?!


ATR souhaite plus que jamais, en cette période de tous les dangers, que les Réunionnais expriment leur refus de ce projet insensé !

ATR-Fnaut

Le 14 février 2014 

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