Les Lataniers: Mort programmée du récif

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Le Récif des Lataniers, unique en son genre, situé à la Possession, va probablement disparaître, englouti par le chantier pharaonique de digue en mer de la NRL.

Cet article est écrit en collaboration avec l’association de défense du milieu marin et de ses usagers : Surfrider’s Foundation Europe Antenne réunion.

Présentation du récif corallien des Lataniers (Surfrider)

Le récif des Lataniers est situé entre la ravine des Lataniers au sud, et la ravine Lafleur au Nord, sur la commune de la Possession.
Le récif corallien est un « embryon » de lagon. Il s’étend sur environ 250m le long de la cote et jusqu’à environ 80m du bord, sur une faible profondeur comprise entre 2 et 6m environ.
Accessible en 2 coups de palmes depuis le bord, il est bien visible (éperon rocheux affleurant) depuis l’échangeur provisoire mis en place en bas de la RD41 et qui permet de prendre la 4 voies vers l’ouest.
La partie nord du récif jouxte le chantier de l’échangeur de la Possession. Une digue en tétrapodes construite dans le prolongement du barrage flottant censé protéger le récif empiète même sur une partie du récif.

Problématique (Surfrider) :

Le récif est donc situé à proximité du chantier NRL de l’échangeur de la Possession, mais surtout, sur un secteur défavorable par rapport aux travaux de la future digue Possession-Grande Chaloupe.
En effet, d’après l’étude d’impact conduite en 2011 dans le cadre du projet, on apprend que le récif des Lataniers, de par sa position en baie de la Possession, est « très sensible aux phénomènes de sédimentation car très protégé d’un point de vue hydrodynamique en régime d’alizés ».

Sur cette carte extraite de l'étude d'impact, on peut voir les risques d'impact hydrosédimentaire par recouvrement sur le récif des Lataniers. Ces risques sont faible (vert hachuré), à fort (rouge).

Autrement dit, le récif est un parfait cul-de-sac à sédiments car les courants y sont faibles en régime d’alizés.

Cette position géographique défavorable, conjuguée à la proximité du chantier NRL et aux énormes quantités de matières en suspension qui seront générées par les enrochements déversés en mer lors des travaux, représentent donc un danger majeur pour le récif corallien.

On notera que la communauté scientifique accorde un « intérêt écologique majeur et un intérêt patrimonial et fonctionnel fort » au site dans les études menées depuis les années 90 sur le récif, et que plus récemment le CSRPN, organe de la DEAL, rappelle dans son avis du 8 décembre 2011 sur le projet de NRL, la nécessité de « tout mettre en œuvre afin de mieux protéger le banc des Lataniers, (…) formation remarquable sur le plan écologique ».

Le site corallien des Lataniers pressurisé par le chantier de la digue (ATR): 

ATR rappelle que les travaux de construction de la digue Possession - Grande Chaloupe nécessiteront 19 Millions de tonnes de matériaux, dont 10 Millions de remblais pour constituer le noyau de digue. Ces roches auxquelles seront accrochés de grosses quantités de sédiments seront déposées en mer lors des travaux. Les particules alors détachées des roches seront transportées alentours au gré des courants, en grande partie vers le récif des Lataniers.
Le protocole mis en œuvre et décrit dans l’arrêté loi sur l’eau N°25-2013 du 23 octobre 2013 qui porte autorisation au projet pour la construction de la digue consistera dans un premier temps à déverser les remblais en mer de façon à constituer le noyau de la digue.
Dans un second temps, des roches massives (dont on ne connaît toujours pas la provenance soit-dit en passant), seront déposées pour constituer la carapace de la digue, censée la protéger des houles et des courants.
Le décalage entre ces 2 opérations laissera constamment à nu plusieurs centaines de mètres de remblais, alors soumis aux houles et aléas climatiques.
Le transport de sédiments arrachés par les vagues au noyau de la digue ne pourra jamais être évité pendant toute la durée du chantier, c’est à dire pendant une durée de 5 ans minimum si l’on s’en tient aux prévisions. Et ces sédiments arrachés à la digue seront transportés par les courants, et viendront se déposer sur le littoral, et donc potentiellement, sur le récif des Lataniers.
La Région a prévu un stock de blocs « au cas où », pour protéger le noyau de digue en cas d’avis de tempête. L’arrêté loi sur l’eau du 25 octobre 2013 précise que « le tronçon de digue laissé à nu, en cas d’avis de tempête, ne devra pas excéder 200m et que des blocs devront être déposés pour protéger les tronçons de digue exposés et ainsi limiter l’effet d’une éventuelle destruction partielle d’un tronçon non protégé ».

Notons qu’il est également prévu d’interrompre les opérations de dragage si la houle dépasse 1,5m sur plus de 12h, et d’arrêter les opérations de déversement de remblais sur le noyau de digue si la houle est supérieure à 3m.

Autant dire que les interruptions risquent d’être très nombreuses en saison des pluies.

Dégradation de la digue protégeant la piste de chantier de la Possession, quelques jours après le passage d'Haliba. Des blocs ont commencé à glisser vers le récif situé à seulement 3m du bord. Comment va t-on empêcher le glissement des blocs vers le récif pendant toute la durée du chantier?

Par ailleurs toutes ces mesures semblent dérisoires quand on connaît le travail de sape permanent de la houle sur les tétrapodes, en béton, de la route du littoral actuelle. Alors une simple digue en remblais ne sera pour la houle qu’un simple banc de sable.
En conséquence, un épisode cyclonique sera dévastateur pour le chantier, des milliers de tonnes d’enrochements seront emportée par la houle, et les sédiments risquent de se déposer petit à petit sur le récif des Lataniers et de tuer ce « bébé » lagon dans l’œuf.
Sans parler des conséquences économiques pour le chantier et des retards à prévoir, des tonnes d’enrochements supplémentaires à extraire, … sans être catastrophique, on voit qu’un effet boule de neige est inévitable…

Rappelons que l’impact des houles cycloniques successives de cette année (BANSI, CHEDZA mi janvier, puis HALIBA fin février) ont fortement touchées à chaque fois les plateformes de chantier de la Possession et de la Grande Chaloupe, comme on a pu le voir sur des vidéos montrant des coffrages arrachés au niveau des travaux de l’échangeur de la Grande Chaloupe, et une plateforme submergée et fortement érodée malgré les protections (blocs béton, tétrapodes, gabions…) disposées sur les berges.

Et pourtant les houles enregistrées cette année n’ont rien d’exceptionnel (3 à 4m au déferlement tout au plus) !

Sursis pour le projet de carrière des Lataniers: (ATR)

Le 21 janvier dernier, la presse annonçait que l’état souhaitait se débarrasser de terrains situés au niveau de l’ancienne carrière des Lataniers.
Rappelons que ces terrains sont convoités par la Région qui y voit un site parfait pour l’extraction de roches massives dans le cadre du chantier de la NRL. Mais la commune dispose d’un droit de préemption, elle est donc prioritaire et les tractations sont en cours avec l’Etat.
Quelle que soit l’issue des négociations, le site d’extraction représente un risque incontestable pour le Banc des Lataniers. En effet, l’extraction de roches sur des terrains mis à nus entrainera obligatoirement une exposition accrue des sols aux effets érosifs du ruissellement. Le transport des particules par les eaux de ruissellement sera également aggravé sur les chaussées chargées en poussières aux abords de la carrière, mais également le long du parcours des poids-lourds entre la carrière et le chantier.
A chaque épisode pluvieux, les eaux de ruissellement saturées en particules terreuses, s’écouleront via les fossés routiers puis les ravines, pour finalement se rejeter en mer, à quelques dizaines de mètres seulement du récif des Lataniers.

Ajout : Vente en cours : L’Etat et la Région mettent la pression sur la commune. L’Etat acceptera la vente à la commune si celle-ci en retour leur abandonne les revenus d’exploitation si la carrière est autorisée. La Région de son côté met la pression sur la Mairie en conditionnant le financement de projets communaux à l’autorisation par la commune d’exploitation de la carrière.
La commune a la possibilité aujourd’hui d’une décision politique forte et historique en refusant de le laisser malmener par la Région et l’Etat. Malgré ses finances qui accusent le coup, elle dispose du droit de préemption et donc d’un tarif préférentiel pour l’achat des terrains.
 

Le système de bâches censé protéger le récif contre les Matières en Suspension est inopérant et même dangereux pour le récif car balloté au gré des courants il pourrait s'entremêler aux patates de corail et détruire une partie du récif.


Des dispositifs de protection du récif inefficaces et dangereux: (Surfrider)

Surfrider’s Foundation Réunion a été informé par un plongeur amateur, habitué des plongées sur le site des Lataniers, du danger représenté par l’ouvrage de protection censé au contraire protéger le site.

Un barrage flottant (anti-hydrocarbures) doublé d’un rideau de géotextile ont été mis en place entre le chantier de l’échangeur Possession et la partie la plus sensible du récif des Lataniers.
Ce rideau est censé permettre un abattement des fines issues du chantier, et éviter ainsi un recouvrement du récif par les sédiments.
Sauf que ce dispositif de protection est au ¾ inopérant comme a pu nous le rapporter notre plongeur sympathisant via des photos réalisées mi février, loin de tout événement cyclonique notable, et loin de tout épisode de forte houle.
La majeure partie du rideau de bâches géotextiles reposait par 10m de fond, une autre partie était déchirée et pendouillait entre la surface et le fond.

On peut en tirer les 3 enseignements suivants :

  • Premièrement, le dispositif de protection ne fait visiblement pas l’objet d’un suivi régulier contrairement à ce que préconise l’arrêté LSE du 23 octobre 2013 (suivi à minima hebdomadaire).
  • Deuxièmement, on peut sérieusement mettre en doute la solidité du système qui malgré l’absence de forte houle a été en partie détruit.
  • Troisièmement, au lieu d’être un système de protection, ce système devient au contraire un danger pour le récif. Si une des bâches géotextile reposant au fond était portée par le courant vers le récif, elle pourrait s’enchevêtrer dans les coraux et causer des dommages irréversibles en détruisant une partie du récif.

Notre plongeur retourné sur le site après le passage d’Haliba a également pu constater qu’un reste de bâche géotextile était coincé entre 2 tétrapodes aux abords de la plage et à quelques dizaines de mètres du récif seulement !

Preuve que ce système de protection est non seulement inopérant, mais également dangereux, et surtout qu’il n’a pas été retiré à temps avant le passage de Haliba contrairement au protocole retenu dans le cadre du projet (« les barrage filtrants flottants devront être retirés en cas d’alerte cyclonique » d’après l’arrêté LSE du 23 octobre 2013).

Surfrider souligne également que la piste d’accès au chantier de l’échangeur de la Possession, construite entre le littoral et la 4 voies, constituée d’un amoncellement de tétrapodes, a commencé à s’affaisser côté mer suite aux houles cycloniques successives de cet hiver austral. Des blocs béton posés sur un lit de galets glissent ainsi progressivement vers le récif. Ces blocs ballotés au gré des courants pourraient devenir de véritables « rouleaux compresseurs » détruisant une partie du récif.

On peut également remarquer après le passage d’Haliba un dépôt de déchets végétaux sur plus de 50cm entre les patates de corail du banc des Lataniers, probablement des déchets charriés par les ravines et rejetés en mer.

Cette observation confirme surtout la position de cul-de-sac sédimentaire du récif. 

 

Depuis le passage d'Haliba, des dizaines de centimètres de copeaux de bois et de déchets verts stagnent entre les patates de corail. Une preuve que le récif est un véritable cul-de-sac sédimentaire et qu'il est donc bien en danger.

Hypocrisie autour des mesures compensatoires : (ATR et surfrider) 

On voit bien que le système de protection mis en œuvre est inefficace et on peut légitimement se poser la question du choix d’une telle solution, jusqu’à aujourd’hui inhabituelle pour ce genre de projet, pour ne pas dire totalement expérimentale.
Ceci est l’exemple même de la limite des mesures compensatoires et de l’utilisation abusive qui en est faite. 
La présentation par un bureau d’étude dans un dossier réglementaire, d’une solution de réduction d’impact ou de compensation, même s’il doute par avance de l’efficacité de celle-ci, permet de franchir allègrement les étapes réglementaires dans le processus d’instruction du dossier.
Quitte à constater in situ l’inefficacité de la solution et de trouver alors des raisons à cet échec.
Cette hypocrisie autours des mesures compensatoires aboutit aujourd’hui à une banalisation des impacts écologiques et à une dédramatisation toujours à l’avantage des maitres d’ouvrage et au grand dam des défenseurs de l’environnement.

Conclusion :

  • ATR et Surfrider’s demandent à ce que soit respectées les clauses de l’arrêté du 25 octobre 2013 qui prévoient un rendu public de l’ensemble des documents scientifiques (rapports, mesures, données diverses) liés au suivi environnemental (biocénoses et hydro-sédimentaire) du chantier de la Possession.
  • Demande d’un accès au site des Lataniers jusqu’en limite du chantier au niveau du barrage flottant, hors de la zone de travaux sous-marin présentant des risques pour les plongeurs.
  • Droit de constat des associations indépendantes, non parties prenantes du comité de suivi de la NRL (rapports de formations de sensibilisation des intervenants des travaux)
  • Arrêt des travaux sur l’échangeur tant qu’une solution adaptée n’aura pas été trouvée au niveau des moyens de protection du récif des Lataniers.

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