NRL : Pensée unique pour une pharaonique route en mer

Vue panoramique sur le Barachois à l'entrée Ouest de St Denis. Une tranchée couverte permettant le raccordement NRL au Barachois est prévue... devant la préfecture!

Deux maires qui ont le pouvoir de réclamer des aménagements obligatoires pour leur commune y renoncent pour se livrer à un troc aussi infructueux qu’avilissant. Des juges – conditionnés par un réflexe légitimiste ? – ferment les yeux sur les dérapages techniques et financiers du dossier. Et des commissaires enquêteurs entourent du même mépris les participations citoyennes et les préconisations du législateur…

C’est l’édifiant tableau d’une décadence, offert par ceux qui nous gouvernent. 

«Aux armes citoyens…» ?

La presse nous avait informés des contreparties attendues par les maires de Saint-Denis et de La Possession, pour prix de leur neutralité sur la NRL.
Elle a évoqué pour St-Denis l’aménagement du Barachois et son tunnel jusqu’au pôle Océan ainsi que l’échangeur Ouest de la Montagne ; et pour la Possession le transfert ultérieur du foncier de la carrière des Lataniers et même un lycée supplémentaire dans l’Ouest... Pour justifier ces contreparties payées par la Région, les maires se targuaient même de défendre prioritairement l’intérêt de leurs contribuables ! Devant la maigreur des contreparties finalement affichées, comment ces édiles – qui occupent ou ont occupé des charges supra communales – vont-ils désormais expliquer leur soutien au projet régional de route en mer ? En ce début de 21è siècle, on peut regretter que des collectivités en soient réduites à des pratiques de marchandage – la Région distillant des promesses et les communes pliant devant un troc honteux – là où doit primer le bien commun des Réunionnais.

Sur une radio locale, le maire de Saint Denis a évité de se positionner clairement et prôné la résignation, en déclarant que « des associations ne feront pas reculer le projet ». Les faits n’ont-ils pas contredit un Premier ministre qui avait imprudemment déclaré que « la politique du gouvernement ne se décide pas dans la rue » ? 

La NRL fait sa danse du ventre à Saint-Denis et à La Possession !

Il est vrai que la Région accepte d’augmenter la facture de l’aménagement du Barachois de 300 M€ en 2009 à 400 M€ en 2013. Les Dionysiens savent-ils que pour donner accès au tunnel sous le Barachois, une rampe longue de plus de 200 mètres en tranchée, coupera le front de mer de la préfecture ? La sagesse ne commande-t-elle pas d’organiser la traversée de Saint-Denis par le boulevard Sud ?

De son côté, La Possession n'obtiendrait qu'un autopont en attendant l’échangeur incomplet de la Ravine à Malheur (toujours pas d’accès direct à la Montagne depuis la RN) et une promenade sur une passerelle piétonne virtuelle pour – dans huit ans – « rétablir l'accès à son littoral »… Une bien triste et bien piètre conquête si l’on se souvient avec le maire de la Possession que cela fait 40 ans que « le village de pêcheurs qu’était La Possession n’a plus d’accès à la mer ».urbaniste visionnaire, il espère donc reconquérir le littoral processionnais avec une passerelle de 32 m en belvédère pour admirer le paysage au-dessus des 4 voies ! Cet enjeu vaut bien une route en mer !

Ces deux élus ne peuvent ignorer pourtant les objections techniques et l’enjeu de société qui mobilise les opposants au projet. La presse du 29/08/13 a rapporté la “ leçon de sagesse ” du maire de La Possession dans la gestion des affaires publiques : « Il y a des gens qui sont contre (la NRL), mais alors ça veut dire qu’on ne fait rien ? On a déjà dépensé beaucoup d’argent, les études ont été faites et rectifiées. Nous, on a essayé de dépolitiser le débat ».Autrement dit, cet élu «éclairé» estime que les citoyens membres de l’Alliance qui ont déposé un recours contre la Déclaration d’Utilité Publique de 2012 n’ont agi que pour politiser le débat pas pour obtenir que l’argent public soit mieux employé ! Pense-t-il sérieusement, avec un tel discours, s’attacher le soutien des militants du PCR, clairement engagés contre le gaspillage des fonds publics ?

Procès insolite d’une DUP défunte 

Faut-il attendre plus d’indépendance de la part des juges administratifs ?

Le jeudi 22 août, le tribunal administratif de Saint-Denis examinait le recours contre le projet de route en mer : une requête en annulation déposée par dix citoyens membres de l’opposition régionale, visant la déclaration d’utilité publique (DUP) de mars 2012. Cette audience a donné le spectacle insolite d’une institution instruisant le procès d’une DUP caduque, donnée il y a 18 mois à un projet aujourd’hui obsolète !

En effet :

  • La 2x3 voies a été ramenée à 5 voies sur viaduc
  • Le Transport en commun en site propre (TCSP) est compromis puisqu’il n’existe plus que dans un sens, ce qui contredit Matignon 2 et son « TCSP évolutif en transport guidé ». 
  • Un « TCSP évolutif en transport guidé » ne serait réalisable qu’au prix d’un surcoût supporté par la collectivité régionale.

Et que croyez-vous qu’il arriva ? L’argumentation du rapporteur public n’a tenu compte d’aucun des avis donnés pour la protection de l’environnement. Il a en outre délibérément ignoré les obstacles techniques et financiers accumulés par la route en mer, qui compromettent aujourd’hui la convention de Matignon 2. Enfin, en précisant que « l’estimation [du coût des travaux – ndlr] n’est pas sous-évaluée à la date de l’enquête publique », il a implicitement admis le dérapage budgétaire du projet.

Ceux qui attendent une justice indépendante vont en être pour leur frais.

Des commissaires enquêteurs sous contrôle ?

Enfin, cerise sur le gâteau, les commissaires-enquêteurs ont rendu leur rapport. Ils ont reçu lors des enquêtes publiques des avis d’opposants argumentés et nombreux, en écho aux avis autorisés du CNPN et du CESER. Vont-ils, dans une même pensée unique consensuelle, offrir à l’autorité Régionale des conclusions flatteuses qui vont la caresser dans le sens du poil ?

Vont-ils eux aussi traiter par le même mépris ces avis, pourtant expressément recommandés par le Parlement pour éclairer les décisions de nos élus ?

Les ministres en charge de l’environnement et des transports peuvent encore suivre les conseils du CNPN et honorer les engagements publics pour le rail du Président François Hollande alors candidat en campagne à la Réunion :

  • Refusez les dérogations environnementales pour préserver un patrimoine naturel irremplaçable
  • Refusez l’autorisation d’occupation centenaire du DPM sans engagement de remise en l’état
  • Protégez le contribuable par une mission d’expertise économique et financière de la NRL
  • Exigez le TCSP dans le respect des accords de Matignon 2 et son évolution en transport guidé

Le bureau de l’ATR-fnaut
Le 9 septembre 2013

 

 

opposants ATR Alternatives Transports NRL opposants NRL route en mer NRL ATR nouvelle route littorale

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

×