L’urgence d’un transport en commun moderne, fiable et sécurisé

Embouteillages à l'entrée de la route du littoral. La NRL enterre tout projet de transport en commun entre St Denis et la Possession et pérennise la situation actuelle insupportable.

Quelque chose a changé dans la façon dont les Réunionnais appréhendent aujourd’hui leurs transports en commun. Quelque chose qui tient de la prise de conscience de leur importance et d’une exigence de qualité.

 

Sans remonter aux fameux “cars courant d’air”, y a seulement une trentaine d’années, le transport des voyageurs était encore très démuni et les passagers subissaient les conséquences de cette indigence collective sans rien dire. La voiture individuelle envahissait encore tellement les esprits que toute revendication, ou même suggestion concernant les transports en commun passait pour une excentricité complètement saugrenue. Les routes étaient encore assez rudimentaires et, que ce soit en bus ou en voiture, elles maintenaient l’accès à St-Benoit ou à St-Pierre, depuis Saint-Denis, au rang d’expéditions longues et risquées ; et Ste-Rose, au bout du bout du monde.

Depuis, notre île a connu la même évolution que le reste de la planète : elle s’est “ rétrécie ” sous l’effet d’un essor sans précédent des moyens de communication, matériels et immatériels, qui nous rapprochent tous, en tous points de l’île. C’est un paradoxe, mais ce mouvement fait qu’il devient insupportable de ne pas être maître de ses déplacements. Il rend donc les transports en commun plus indispensables que jamais ; parce que, dans le contexte d’un espace qui se contracte, la voiture individuelle n’est plus la réponse adaptée qu’elle était il y a encore 50 ans.

C’est pour n’avoir pas compris cela que Didier Robert pourrait payer le prix politique du sectarisme qui l’a poussé à supprimer le projet de tram-train : au-delà de la campagne politique, menée en 2010 par une ultra minorité, c’était un projet très populaire que le président de Région aurait dû faire aboutir, en tant qu’élu de la collectivité, au titre de la continuité des politiques publiques. Il en aurait tiré tout le bénéfice politique – celui qu’il va essayer de s’acheter cette année à coups de dizaines ou de centaines de millions gaspillés en campagnes de pub… Il y a cinq ans, c’était gratuit !

"C’est une erreur politique majeure d’opposer de nos jours moyens individuels et moyens collectifs ; on ne peut que chercher à les rendre complémentaires, ce que doit défendre absolument tout élu régional en exigeant le bénéfice de la dotation ferroviaire pour la Réunion en toute équité."

De nos jours, un transport en commun moderne, fiable et sécurisé est une exigence élevée au rang de besoin premier. C’est ce qui peut rendre compte, par exemple, de la mobilisation des passagers du car jaune : impensable il y a seulement dix ou quinze ans ! Aujourd’hui, les gens veulent un transport en commun performant et ils sont prêts à bouger pour cela ! C’est une bonne nouvelle. En même temps, il faut veiller à ce que cette aspiration ne soit pas dévoyée. Pas plus que ne l’est la voiture au plan individuel, le bus n’est pas le transport en commun adapté et performant dont l’île a besoin. C’est un transport d’appoint, mais un appoint indispensable, compte tenu de la géographie de l’île.

Il faut en revenir vite à un transport sur rail. Le choix que nous allons avoir à faire cette année est simple : la route en mer tourne le dos à la réalisation d’un transport en commun fiable et sécurisé. Ce projet fragilise l’édifice régional : dans ses finances, ses aménagements futurs (y compris routiers) et donc, globalement, dans sa capacité d’intervention dans les domaines qui sont les siens (les grands projets, la prospective…). De plus, c’est une erreur politique majeure d’opposer de nos jours moyens individuels et moyens collectifs ; on ne peut que chercher à les rendre complémentaires, ce que doit défendre absolument tout élu régional en exigeant le bénéfice de la dotation ferroviaire pour la Réunion en toute équité

Il faut d’urgence renouer avec cette complémentarité et c’est au nom de cette exigence que l’association ATR-Fnaut a été amenée à s’opposer au projet de route en mer. Il n’est jamais trop tard pour bien faire : tournons vite le dos, pendant qu’il est encore temps, à un projet dispendieux et inadapté, au bénéfice d’une alternative qui répondra à la problématique globale de nos déplacements et d’une économie mise au service des hommes et des entreprises locales. Le projet actuel ne sert que les grands groupes du BTP, qui se moquent de nos déplacements comme de leur première truelle.

Pascale DAVID

ATR-Fnaut
Le 3 Mars 2015

Alternatives Transports opposants NRL nouvelle route littorale ATR NRL ATR NRL opposants association environnement Transports Réunion AOT Réunion CADED ATR car jaune

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

×