Projet de carrière de Bois Blanc - Contribution d'ATR-Fnaut

PROJET DE CARRIERE DE BOIS BLANC - ENQUETE PUBLIQUE

06/09/16 - 06/10/16

Contribution de l’association Alternative Transport Réunion (ATR-Fnaut)

Membre de la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports

Notre association, Alternative Transport Réunion (ATR-Fnaut), s’est donné pour objectif de « favoriser un aménagement équilibré du territoire et un développement durable, protéger l’environnement local et global, améliorer le cadre de vie et le paysage urbain, suburbain et naturel, réduire les gaspillages économiques liés aux déplacement à La Réunion. »

Pour tous ces motifs nous demandons l’abandon de ce projet qui compromet sérieusement :

  1. la santé, la sécurité et le cadre de vie des riverains du site et des usagers de la voie publique ;
  2. l’environnement naturel tant terrestre agricole que marin côtier ;
  3. le paysage essentiel au cadre de vie collectif des riverains du site et des usagers de la route, comme le potentiel économique touristique de la côte Ouest de la Réunion ;
  4. les ressources en matériaux des générations futures alors que la NRL devait se satisfaire du schéma départemental des carrières de 2010.

1-Menaces sur la santé, la sécurité et le cadre de vie collectif des riverains du site et usagers de la route

L’Agence Régionale de la Santé a modifié son avis sur la promesse de la SCPR de rabattre les poussières par un arrosage de 350 m3/jour. Or cet avis ne prend en compte ni les effets collatéraux ni la fiabilité d’une telle mesure.

Si le prélèvement excessif de l’eau est contestable (voir plus loin), l’arrosage promis est la plupart du temps insuffisant notamment par grand vent : en témoignent actuellement les habitants des quartiers voisins de stations de concassage - même à plus de 500 m. Il en va de même de l’inefficience des rotoluves en sortie de carrière, de l’arrosage des véhicules et du bâchage des bennes, toutes précautions très peu suivies.

De plus, l’ARS n’a pas modifié son avis sur le stress produit par l’activité d’extraction journalière pendant cinq jours et demi, y compris le samedi matin (explosifs, bruit de véhicules de toutes sortes, trafic des véhicules lourds, risque d’accident…). L’avertisseur de recul par « cri de lynx » reste audible dans l’axe du véhicule et ne supprime pas le bruit de fond permanent des moteurs au diésel ni la pollution de l’air.

Les procédés d’extraction des roches massives envoient en grande quantité des poussières et particules fines dans l’atmosphère. La production massive de poussières constitue à elle seule déjà par sa persistance quotidienne pendant des années, non seulement un inconfort insupportable mais aussi surtout in fine une cause de dépression pour ceux qui la subissent.

Celle tout aussi volatile de particules fines de silice et de cristaux de verre du basalte à olivine est génératrice d’allergie, de maladie des yeux, des voies respiratoire et pulmonaire, pire de cancer. Or l’absence de silice dans la roche de Bois Blanc n’est pas attestée.

Les riverains mais aussi les usagers réguliers et nombreux de la route seront affectés ! Les surcoûts des soins consécutifs pour la sécurité sociale, pour les mutuelles et les malades sont largement ignorés dans l’étude d’impact.

En outre le manque d’expérience de la SCPR en matière d’explosifs pour extraire les roches massives introduit un risque supplémentaire de sécurité tant pour les riverains que pour les salariés au vu de la fracturation préexistante du gisement. L’étendue et la violence du procédé risque aussi de déstabiliser imperceptiblement et sur le long terme la structure sous-jacente de la route des Tamarins que la carrière encadre de part et d’autre sur plusieurs kilomètres. Ce coût est anormalement externalisé, à la charge future du contribuable, de même que la dégradation attendue par l’usage intensif des RN.

2-Atteintes à l’environnement naturel agricole et marin

Même réduite, l’étendue du site convoité par la SCPR représente un impact environnemental considérable. L’ouverture à ciel ouvert de la carrière appauvrit inévitablement le sol et modifie le régime hydrogéologique (oxydation de surface, évaporation et rabaissement de la nappe aquifère).

Par ailleurs on ne peut accepter que le procédé d’arrosage massif de 350 m3/jour constitue un puisage supplémentaire des ressources en eau dans cette zone particulièrement touchée par la sécheresse. Ce puisage se fera nécessairement au détriment de l’alimentation humaine et de l’agriculture. Le besoin en eau de la NRL à sa station de préfabrication, au site de tri des galets et sur les chantiers en cours, fait déjà polémique au Port, commune pourtant réputée assise sur la nappe de la plaine des galets…

La ressource en eau de l’île, aujourd’hui surexploitée, est devenue fragile et comptée !

La terre arable de surface et son humus, même stockés à l’écart et même légèrement compactés et engazonnés, suivant l’Etude d’Impact, deviennent - sur une hauteur de stock de 2 à 3m et sur la durée d’exploitation - trop sensibles à l’érosion pluviale et éolienne.

Le décompactage général du site causé par cette exploitation intensive, ainsi que le transport de matériaux et les poussières soulevées, généreront inévitablement - surtout en été - des coulées boueuses jusqu’au littoral, hâtant ainsi encore l’érosion générale de l’île. A ce jour, aucun dispositif n’a permis d’empêcher l’érosion due à l’activité humaine, surtout à cette échelle.

Les dizaines d’hectare de terre agricole (51 ha) ne pourront plus être reconstituées lors de la remise en état des lieux promise en fin d’exploitation. Comment justifier un tel saccage irréparable des terres agricoles, déjà si rares et fragiles dans l’île ? L’épierrement des sols devrait au contraire servir aux soutènements de gradins pour lutter contre l’érosion !

Enfin faune et flore du milieu marin seront étouffés par manque de lumière et par anoxie provoqués par la contamination des eaux due aux MES (Matières En Suspension d’origine organique et minérale).

Les courants marins et les vents remontant du sud étaleront cette pollution sur le littoral balnéaire et touristique de l’Ouest, détruisant encore un peu plus la barrière corallienne et son biotope. Quels sera encore le coût (études et travaux) de sa remise en état pour la collectivité ?

3-Destruction du paysage, essentiel au cadre de vie des riverains et des usagers de la route et au potentiel touristique de la côte Ouest

La perte d’attractivité immobilière des sites de l’Ouest les plus affectés est prévisible puisqu’elle sera liée à la dégradation du cadre de vie! Or le niveau des pertes causées par la dépréciation de leur valeur immobilière est encore ignoré.

Dans ce vaste espace encore naturel des basses pentes de l’île, la route des Tamarins traversera une cinquantaine d’hectares d’un paysage « ruiné » par les explosifs et la violence des engins d’extraction. Les usagers de la route verront se succéder sur plusieurs centaines de mètres un paysage minéral mort et déstructuré en profondeur par des plaies béantes de roches fracturées. Le balai des nombreux poids lourds laissera des boues sur leurs sillages, quand il ne s’agira pas des galets perdus. Et cela malgré les efforts de bâchage des bennes et de lavage des pneus en sortie. Tout ce trafic intensif de camions de 36 à 44 tonnes, ralenti à pleine charge, sera particulièrement accidentogène sur une voie rapide, elle-même déjà très fréquentée … Et cela pendant 5 ans !

Ce paysage de destruction sera permanent pour les véhicules de transit mais également visible depuis la route touristique du littoral. L’impact économique de cet arrière-plan (et celui sanitaire des poussières véhiculées par le vent vers les sites touristique littoraux), sur l’activité touristique est totalement ignoré. Déjà bien malmené par l’austérité mondiale qui réoriente vers des vacances de proximité et par la « crise requin », notre secteur touristique pourrait recevoir là son coup de grâce. Encore un coût externalisé laissé à la collectivité.

D’autre part, qui peut garantir que cette pollution - poussée plus au large par les courants marins - ne va pas compromettre durablement la route des baleines protégée par l’Unesco ?

4-Surexploitation des ressources au détriment du marché des matériaux et des générations futures

Ce projet de carrière à Bois Blanc (Ravine du Trou) St Leu est destiné exclusivement à approvisionner le chantier régional de la NRL par arrêté préfectoral 2014-4273/SG/DRCTCV du 26 août 2014 portant approbation de la mise à jour du Schéma Départemental des Carrières (SDC) de la Réunion.

L’arrêté de 2014 y incorpore quatre nouveaux sites exclusivement dédiés à la NRL :

  • Ravine du Trou (St Leu)                     8 Mm3 (Millions de mètres cubes)
  • Bellevue (St paul)                               4 Mm3
  • Dioré     (St André)                             4 Mm3
  • Plateau de l’Ermitage (St Paul)         8 Mm3

Or la NRL avait été déclarée d’utilité publique par l’arrêté préfectoral de mars 2012 après une enquête publique qui la présentait sans souci d’approvisionnement en matériaux insulaires à hauteur de 10 Mm3 pour remblais et roches massives. Dans son rapport, la Région rassurait alors tant le public que l’Etat sur leur disponibilité par l’extraction des carrières figurant au SDC approuvé précédemment en 2010.

L’arrêté préfectoral de 2014 étend le SDC de La Réunion à quatre nouveaux sites, tout en rappelant que ceux inscrits au SDC de 2010 suffisent à satisfaire ses besoins de 10 Mm3 !

Aussi l’extraction de Bois-Blanc parmi les quatre nouvelles carrières offrant 24 Mm3 supplémentaires pour la NRL, parait superfétatoire et révélatrice d’un gaspillage de nos ressources. A moins que l’arrêté de DUP de 2012 n’ait été pris sur une information erronée présentée au public lors de l’enquête de 2011... Or la nécessité d’une gestion rigoureuse des ressources de l’île, rappelée au SDC et au Schéma d’Aménagement Régional (SAR), pour préserver l’avenir agricole comme celui du BTP, ne permet pas cette surexploitation !

Quelles incidences sur les prochains marchés des matériaux et quels coûts pour les générations futures ?

Pour ces motifs, notamment, notre association a déjà demandé au Tribunal administratif d’annuler ces deux arrêtés préfectoraux, de DUP et d’extension du SDC.

Dans la continuité de nos précédents recours, et pour tous les motifs invoqués ci-avant, nous considérons que la carrière de Bois-Blanc ne doit pas être ouverte au vu du bilan comparatif de ses avantages et inconvénients.

Notre association remercie Monsieur le commissaire enquêteur de bien vouloir se faire l’écho de notre argumentaire auprès de monsieur le Préfet de La Réunion.

Le Port, le 4 octobre 2016

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